Introduction au Dub–Partie 1 : Jamaicain Roots

23dec94rocket[1]J’ai fait une chronique en début de semaine d’un disque dub, et je renvoyais gentiment le lecteur novice à écouter un peu de dub avant de lire l’article (je suis certain que la chronique de ce disque ne doit avoir quasiment aucun intérêt pour quelqu’un qui n’a jamais écouté un disque dub).

J’écoute du dub depuis peut-être une dizaine d’années (merci Tonymouth pour l’écoute de mon premier King Tubby un soir de ton anniv’ !), et je suis persuadé que ce style musical vaut bien au moins deux ou trois articles sur ce blog. Ami lecteur (on va se tutoyer), je te propose donc une “visite guidée” autour d’artistes qui font partie de l’histoire du dub.

Flyjs11[1]Avis aux novices désirant découvrir quelques artistes et musiques inconnues. Pour les initiés, et je sais qu’il y en a dans mes lecteurs (hein Ju et Mr Mouth entre autres), ça peut faire plaisir de réécouter 2/3 morceaux. Je vais illustrer les articles par quelques photos glanées sur le net, mais aussi (surtout) par des morceaux de musique, je mettrais des liens dans les articles…


Une musique de l’esprit… et du ventre

Je pense que le meilleur moyen de commencer avec le dub est d’écouter un morceau et de le… ressentir ! J’ai toujours rêvé d’écrire sur la musique – particulièrement sur le reggae / dub – et je me suis souvent demandé quel est LE morceau que je devrais faire écouter à quelqu’un pour lui faire découvrir ce genre musical… Nous y voilà donc ! La question est difficile à résoudre, voir impossible je pense. Alors j’ai pris le parti de commencer par un morceau de dub “moderne” comme entrée en bouche – pas un truc trop agressif non plus, mais un morceau actuel, et d’en venir progressivement au dub moderne (électro-dub) en commençant par les racines jamaïcaines.

J’ai trouvé un morceau assez représentatif de l’électro-dub des années 2000 tout en restant assez proche du son des années 70. Donc, allumez votre caisson de basses, montez le volume à fond, voici le premier morceau (ça sert à rien de l’écouter sur le haut-parleur de l’Iphone !!!). Rendez-vous dans 6 minutes…

Löbe Radiant Dub System – Dub vs Dread

Löbe et un groupe français, formé en 1996. Le morceau d’electro-dub ci-dessus est le premier de leur cinquième album (2004). Mais ce n’est pas le plus important. Le plus important c’est qu’on ressent à l’écoute d’un tel morceau ! Effectivement, “ça chante pas”. Eh oui, le dub est un genre essentiellement instrumental et électronique, centré surtout sur le couple basse / batterie.

Toi cher novice, tu as peut-être eu l’impression d’écouter un espèce de “reggae électro”. C’est à peu près ça, le dub est une musique qui s’adresse d’abord au ventre, pour peu qu’on l’écoute suffisamment fort ! Et qui s’adresse à l’esprit pour l’ambiance que pose la basse et la batterie répétées de façon hypnotiques. Avec des bribes de clavier ou de guitare, et le tout assaisonné d’effets plus ou moins modernes selon l’époque.

lrds[1]

Regardez la tête des petits gars de Löbe ci dessus, ils n’ont pas de dreadlocks, ils sont habillés moderne, le dub n’est donc pas une affaire (que) de Rastas. Il s’agit d’un style musical très varié dont l’histoire commence au début des années 70…

Retour dans les années 70

Commençons directement par un morceau qui n’est pas un morceau dub, mais qui va cher lecteur te permettre de mieux comprendre mon discours…

Don Carlos – Declaration of Rights

Là, on est dans le pur reggae roots. Il s’agit d’un morceau tiré d’un album de 1990 (Ghetto Living), mais le “riddim” (la musique) date des années 70, et Don Carlos le chante depuis les années 70. On ne compte plus le nombre de chanteurs qui ont chanté sur cette musique. Ou si, plutôt, on peut en compter (quelques-uns) ici sur cette page de reggae.fr.

Sound Systems

Afin de mettre un peu de contexte, j’explique rapidement le sound system qui est à l’origine du dub.

sound_system[1]Au début des années 70, c’est l’explosion du reggae en Jamaïque. Les jamaïcains des quartiers modestes écoutaient rarement du reggae sur un tourne-disques à l’époque pour la simple raison que les disques étaient hors de prix. Ils se rendaient donc dans des sound systems, c’était les “teufs” de l’époque. Les producteurs des différents studios possédaient des amplis et trimballaient le tout en camion. Ils installaient tout le matériel dans une cour pour la soirée, et passaient des disques. Le sound-system n’est pas un live.

coverA l’époque, les studios quand ils possédaient un bon “riddim” (déformation de rythm) le recyclaient, et faisaient chanter plusieurs artistes dessus. Ils pressaient également des vinyls avec seulement la musique des morceaux (généralement sur une face B) de façon à ce que les chanteurs puissent “toaster” dessus en live dans les sound-systems.

La légende raconte que le premier morceau dub ait vu le jour suite à une erreur de pressage qui avait déformé le son en mettant en avant le couple basse / batterie. Les ingénieurs du son ont immédiatement commencé à mixer leurs disques en atténuant les voix et les instruments. Puis ils ont commencé à ajouter des effets électroniques dessus, et c’est ainsi que le dub est né !

Voici un extrait du site “jahmusik.net” qui résume bien tout ça :

Il convient de différencier le Dub de la version afin d’ôter toute possibilité de confusion. La version, aussi appelée Riddim, correspond simplement à la piste rythmique d’une chanson, mixée de façon brute, avec le minimum d’effet sonore. C’est donc sur la version que posent les chanteurs et DJ, en studio ou en sound system (où elle est sous forme de disque, face B).
Le Dub, consiste par contre à remixer un morceau de reggae existant (version ou morceau entier), dont les parties vocales et les arrangements sont partiellement ou totalement effacés, pour avant tout se concentrer sur le duo basse batterie, sur lequel viendront se greffer divers effets sonores, déjà existant sur le morceau (voix, clavier, guitare…), ou rapporté (voix, klaxons, sons…), le tout agrémenté d’effets (echos, reverb, delay…).

King Tubby

Osbourne Ruddock, alias King Tubby est comme Bob Marley pour le reggae, celui qui a contribué à la véritable popularisation du style. Et c’est comme pour Bob Marley l’arbre qui cache la forêt. On dit dub, généralement, on dit King Tubby… J’aime bien commencer par un morceau, alors voici la version dub – par King Tubby – de la chanson de Don Carlos ci-dessus :

King Tubby – Dub of Rights

Et pour prouver que le dub est une musique à danser, voici tout de suite ça :

Morwell Unlimited, King Tubby – Dub Me

Moi, ce morceau me donne envie de headbanger… Trêve de plaisanterie, alors, quelle est l’histoire de ces morceaux ? Comment et par qui ont-ils été fabriqués ?

King Tubby[1]

Ci-dessus, King Tubby dans son studio. En effet, le Monsieur était ingénieur du son… Qui de mieux placé qu’un ingénieur du son pour mixer, monter et bidouiller comme on l’a entendu des enregistrements ? Sur “Dub of Rights”, on entend un espèce de tonnerre, c’est une boite de réverb’ maison qui fait ce bruit. En fait, Mister Tubby était un sacré gros bricoleur, passionné de musique et d’électronique. Il s’est fabriqué du matériel de pointe pour l’époque. Certains disent même qu’il est en fait le père de la musique techno. Comme le dit le site “vibrationsmusic.com” dans l’intro de cet article très intéressant et détaillé sur King Tubby (et mille fois mieux que tout ce que je pourrais écrire) :

Sans King Tubby, il n’y aurait pas eu de techno à Detroit, pas de drum and bass à Londres, pas de Kanye West ni de Massive Attack…

C’est peut-être un peu exagéré, mais le dub a quand même été un des premiers styles musicaux à faire un recours massif à l’électronique. Allez, un petit morceau d’un album que je ne connaissais pas pour continuer (“The African Brothers Meets King Tubby In Dub”) :

King Tubby – Awesome Dub

Il y a beaucoup à lire sur King Tubby sur la toile, comme cette biographie sur fluctuat.net, ou cet article de reggae.fr.

skatalites[1]King Tubby nous a laissé de nombreux albums fabuleux, dont les suivants notamment :

  • 1974, Dub From The Roots, le premier album.
  • 1975, King Tubby Meets The Aggrovators At Dub Station
  • 1975 The Skatalites meets King Tubby, Heroes of Reggae in Dub (ci-contre)
  • 1977, King Tubby Meets The Rockers Uptown, avec Augustus Pablo
  • 1981, King Tubby Meets Roots Radics – Dangerous Dub

Il a laissé également des dizaines et des dizaines de morceaux qui sont ressortis régulièrement dans des compilations. Regardez le nombre d’albums sur Deezer, c’est énorme.

Le grand monsieur est mort assassiné chez lui en 1989 par un cambrioleur semble-t-il. Les circonstances de sa mort restent encore assez mystérieuses. Rest in peace Grand-Maître… et merci.

DubMixing1_l[1]

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. A suivre, les grands maitres du dub des années 70 volume 2 (Augustus Pablo, Lee Perry entre autres).

Catégories : Musique | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “Introduction au Dub–Partie 1 : Jamaicain Roots

  1. Je viens de retester les liens, la moitié des morceaux sont maintenant indisponibles dans Deezer. Deezer n’est plus ce qu’il était ! Navrant…
    Mes chers lecteurs sont donc bons pour effectuer une recherche des titres sur une autre plateforme plus riche. Vraiment dommage !

  2. Lequel de T-Shirt ? Le Trojan ? Ou le vrai mythique de Rage Against The Machine avec Che Guevara dessus ? Si c’est celui là, il est plus rose avec des trous que orange !!!

    Quel rapport avec le dub jamaïcain mon cher Léon ? En tout cas, si tu veux voir un de mes magnifiques T-Shirts, c’est dans l’article ici

  3. Salut Raoul;.
    Il n’y a pas la photo de ton Tee-shirt mytique ( orange ) ?

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